Les allergies médicamenteuses représentent une part non négligeable de la iatrogénie induite par les médicaments (*) . La sensibilisation des patients est très variable et peut se faire dès le premier contact ou au contraire graduellement après des semaines, des mois ou des années. Une fois sensibilisé, les sujets gardent en mémoire pendant longtemps leurs capacités de réponse au médicament. « Ainsi toute personne se doit de signaler à son médecin ses réactions éventuelles aux médicaments mêmes anciennes ». (*) Un diagnostic formel d’allergie ou d’intolérance médicamenteuse permettra de mettre en place les mesures adéquates de prévention et de traitement. (*)
Les allergies et intolérances médicamenteuses peuvent se manifester par :
Dans une étude (*) relative au « Choc anaphylactique péri-anesthésique », les auteurs précisent que « pratiquement tous les médicaments utilisés pendant une anesthésie (hypnotiques, analgésiques, curares aussi appelés myorelaxants, antibiotiques…) sont susceptibles de déclencher des manifestations allergiques. Seuls, les anesthésiques par inhalation n’ont jamais induit de réaction de ce type ».
Ils précisent également que « les signes cliniques initiaux les plus fréquents sont la tachycardie, l’hypotension ou l’absence de pouls, le rash cutané, une difficulté de ventilation, une désaturation artérielle en oxygène ou une baisse inexpliquée et brutale du CO2 expiré, témoin d’une diminution du débit cardiaque ».
D’après la même étude, les symptômes respiratoires représentent le 1/3 des cas. « Leur gravité s’échelonne de la gêne respiratoire au bronchospasme. ».
TABLEAU I. Grades de sévérité clinique de la réaction anaphylactique/ anaphylactoïde survenant en cours d’anesthésie (*)
| Grade de sévérité | Symptômes |
| I | Signes cutanéomuqueux généralisés :érythème, urticaire, avec ou sans œdème angioneurotique. |
| II | Atteinte multiviscérale modérée avec signes cutanéomuqueux, hypotension et tachycardie inhabituelle, hyper-réactivité bronchique (toux, difficulté ventilatoire). |
| III | Atteinte multiviscérale sévère menaçant la vie et imposant une thérapeutique spécifique = collapsus, tachycardie ou bradycardie, troubles du rythme cardiaque, bronchospasme; les signes cutanés peuvent être absents ou n’apparaître qu’après la remontée tensionnelle. |
| IV | Inefficacité cardiocirculatoire. Arrêt respiratoire. |
| V | Décès par échec de la réanimation cardiopulmonaire. |
Les curares représentaient, selon une enquête (portant sur la période allant du 1er janvier 1999 au 31 décembre 2000), 59 % des cas, le latex 16,7 %, les antibiotiques 15,2 %, les colloïdes 3,9 %, les hypnotiques 3,4 % et les morphiniques 1,3 %.
Parmi les curares, le rocuronium, le suxaméthonium et l’atracurium sont les produits les plus incriminés avec respectivement 133 cas (42,9 %), 74 cas (23,9 %) et 58 cas (18,7 %). (*)
Selon la même source, un patient de 70 ans a présenté, lors d’une chirurgie cardiaque, « une réaction anaphylactique avec secondairement des tests cutanés positifs pour la chlorhexidine, laquelle avait été utilisée pour désinfecter la peau avant de mettre en place une voie veineuse centrale. A l’occasion d’une nouvelle anesthésie pour faire l’intervention qui avait dû être différée de ce fait, toutes préparations à base de chlorhexidine avaient été soigneusement évitées. Cependant, pendant l’intervention une nouvelle manifestation est survenue et il a alors été mis en évidence que le lubrifiant utilisé pour la mise en place du cathéter uréthral contenait de la chlorhexidine ».
D’après d’autres études, 20% des patients hospitalisés présenteraient des effets secondaires aux médicaments, sachant qu’on observe une importante sous-déclaration des effets indésirables des médicaments. Aux États-Unis 0,32 % des hospitalisés(106000) meurent d’effets secondaires liés aux médicaments. La mortalité d’origine iatrogène représente la 4ème ou 6ème cause de mortalité dans le pays. La part de l’allergie médicamenteuse est d’environ 24 % des effets secondaires des patients hospitalisés. (*)
Il semble, d’après Dr C .H. LARAQUI, que les médicaments administrés par voie injectable sont plus allergisants ; de même, les cures discontinues mais répétées le sont plus que les traitements continus. (*)
Pour ce qui est des mécanismes de l’allergie médicamenteuse, le Professeur De BLAYE rappelle à cet égard que les médicaments sont capables d’induire tous les types de réactions immunologiques de Gell et Coombs tout en précisant que :
A titre d’exemple, et en cas d’intolérance à l’aspirine, Dr LARAQUI recommande ce qui suit:
En guise de conclusion, il convient de rappeler que le diagnostic précoce permet d’éviter les conséquences parfois dramatiques des allergies et intolérances médicamenteuses. De même, il serait prudent de porter sur soi une carte indiquant le type d’allergie (médicamenteuse, alimentaire…) dont on souffre et les allergènes en cause. Cette carte doit s’accompagner d’une ordonnance détaillée pour les personnes concernées (médecins traitant, dentistes, anesthésistes-réanimateurs, chirurgiens, infirmiers, secouristes, enseignants…), précisant les médicaments interdits et la conduite à tenir lors d’une réaction allergique.