Dr.Aboubakr DAHO-IDRISSI (Docteur en pharmacie)
(Date de la dernière révision :Samedi 15 novembre 2008)
L’ensemble de troubles affectant le cœur et les vaisseaux sanguins (maladies cardio-vasculaires CVD) comprend selon l’Organisation Mondiale de la Santé:
Les infarctus et les accidents vasculaires cérébraux (AVC) sont principalement dus au blocage d’une artère empêchant le sang de parvenir au cerveau ou au cœur. Leur cause la plus courante est la constitution d’un dépôt gras sur les parois internes des vaisseaux sanguins alimentant ces organes. Les AVC peuvent aussi résulter du saignement d’un vaisseau sanguin cérébral ou de caillots. (*)
La charge des "maladies chroniques" s’alourdit précipitamment dans le monde entier. En 2001, ces maladies étaient responsables d’environ 60 % des 56,5 millions de décès déclarés dans le monde. Près de la moitié de l’ensemble des décès dus aux maladies chroniques est imputable aux CVD, sachant que la plupart de ces maladies affectent la tranche des personnes âgées. (*)
A titre d’exemple, les décès dus à une cardiopathie coronarienne et à un accident vasculaire cérébral ont représenté respectivement, en 2005, 7,6 millions et 5,7 millions cas selon l’OMS. D’après la même source, plus de 80% des décès par CVD interviennent dans les pays à revenu moyen ou faible. D’après les prévisions de l’Organisation, ces maladies resteront les premières causes de décès dans le monde. (*)
Il est fréquent, selon l’OMS, qu’une maladie cardiovasculaire touchant les vaisseaux sanguins ne donne aucun symptôme. Un infarctus ou un AVC sont parfois le premier signe de la maladie.
D’après la même source, un infarctus peut provoquer à titre d’exemple les symptômes suivants : douleur ou gêne dans la partie centrale de la poitrine, douleur ou gêne au niveau des bras, de l’épaule gauche, des coudes, de la mâchoire ou du dos. En outre, la personne peut ressentir des difficultés à respirer ou un essoufflement, vomir, avoir des sensations vertigineuses ou s’évanouir, être prise de sueurs froides ou pâlir.
Le symptôme le plus courant d’un AVC est une sensation de faiblesse soudaine au niveau de la face, du bras ou de la jambe, le plus souvent sur un seul côté du corps. Cet « accident » peut aussi provoquer l’apparition brutale des symptômes suivants: engourdissement de la face, du bras ou des jambes, en particulier d’un seul côté du corps, difficultés à parler ou à comprendre un discours, difficultés visuelles, difficultés à marcher, étourdissement, perte d’équilibre ou de coordination, céphalées sévères sans cause connue et syncope ou perte de conscience.
Une cardiopathie rhumatismale peut donner, à titre d’exemple, les symptômes suivants: essoufflement, fatigue, arythmie cardiaque, douleur thoracique et syncope. Parmi les symptômes du rhumatisme articulaire aigu, on peut mentionner: fièvre, douleur et gonflement au niveau articulaire, nausées, crampes stomacales et vomissements. (*)
Les CVD, qui touchent un grand nombre d’individus d’âge moyen, entraînent très souvent pour eux et leur famille, une baisse des revenus. On estime, à titre d’exemple (d’après l’OMS), que la Chine perdra, durant les 10 prochaines années (2006-2015), environ 560 milliards de dollars($) de ses rentrées budgétaires escomptées en raison de la charge globale de cardiopathies, d’AVC et de diabète. (*)
80 % au moins des décès prématurés dus à des cardiopathies ou à des AVC pourraient être évités, selon l’OMS, en consommant une alimentation saine, en pratiquant régulièrement une activité physique et en évitant l’exposition à la fumée de tabac. Parmi les déterminants des CVD figurent la pauvreté et le stress.
Les individus peuvent réduire le risque qu’ils encourent de développer une maladie cardiovasculaire, en privilégiant un régime riche en fruits et en légumes, en minimisant la consommation de denrées riches en graisses, en sucre et en sel et en se maintenant à un poids sain . (*) "Consommer peu d’aliments énergétiques riches en graisses saturées et en sucres et beaucoup de fruits et légumes, tout en ayant un mode de vie actif, voilà l’une des meilleures façons de combattre les maladies chroniques" (*) selon le rapport élaboré (en 2002) par 30 experts indépendants pour le compte de deux institutions spécialisées des Nations Unies : l’OMS et la FAO (l’Organisation pour l’Alimentation et l’Agriculture). (*)
Ce rapport, qui donne l’avis collectif d’un groupe d’experts sur un problème d’ordre mondial, insiste sur le fait que l’apport énergétique quotidien doit être proportionnel à la dépense d’énergie puisque la surconsommation d’aliments énergétiques peut favoriser la prise de poids.
L’effet de « latence » des facteurs de risque de MCV signifie, selon le même rapport, que le taux actuel de mortalité est la conséquence d’une exposition antérieure à des facteurs de risque comportementaux, tels que la nutrition inappropriée, l’activité physique insuffisante et la consommation de tabac. Surpoids, obésité abdominale, hypertension, dyslipidémie, diabète et mauvais état cardio-respiratoire figurent parmi les principaux facteurs biologiques d’un risque accru. Les mauvaises habitudes alimentaires sont notamment la forte consommation de graisses saturées, de sel et de glucides raffinés, ainsi qu’une faible consommation de fruits et légumes.
Il est recommandé, d’après le rapport, que les graisses ne dépassent pas 15 à 30% de l’apport énergétique quotidien et que les acides gras saturés représentent moins de 10% de ce total.
La qualité des graisses et des huiles, lit-on dans le rapport, peuvent avoir une influence sur des CVD tels que l’AVC et la crise cardiaque.
Les acides gras saturés font monter le cholestérol total et le cholestérol lié aux lipoprotéines de faible densité (LDL). Le remplacement d’acides gras saturés et trans par des huiles végétales polyinsaturées fait baisser le risque de cardiopathie coronarienne. La plupart des acides gras trans sont apportés par des huiles durcies industriellement.
Pour que la santé cardio-vasculaire s’améliore, il faut, selon la même source, que l’alimentation contienne très peu d’acides gras trans (huiles et graisses hydrogénées). En pratique, ils doivent représenter moins de 1% de l’apport énergétique quotidien. « Cette recommandation est particulièrement pertinente s’agissant des pays en développement où les graisses hydrogénées peu coûteuses sont fréquemment consommées. L’effet potentiel de la consommation par les êtres humains d’huiles hydrogénées a un effet potentiel dont on ne connaît pas les conséquences physiologiques… ce qui est très inquiétant ».
Les acides gras polyinsaturés(AGPI) sont, d’après le même rapport, un peu plus efficaces que les mono-insaturés. Le seul acide gras mono-insaturé qui ait une importance nutritionnelle est l’acide oléique, abondant dans l’huile d’olive et les noix... « L’acide gras polyinsaturé le plus important est l’acide linoléique, qui est abondant en particulier dans les huiles de soja et de tournesol. Les AGPI de la série n-3 les plus importants sont l’acide eicosapentaenoïque et l’acide docosahexaenoïque que l’on trouve dans les poissons gras, ainsi que l’acide α-linoléique que l’on trouve dans les aliments d’origine végétale ».
Les huiles de poisson ont servi pour l’essai entrepris par le Gruppo Italiano per lo Studio della Sopravvivenza nell’Infarto Miocardico (GISSI) auquel ont pris part des survivants d’infarctus du myocarde. Après 3,5 ans de suivi, on a constaté une réduction de 20% de la mortalité totale, de 30 % des décès dus à une pathologie cardio-vasculaire et de 45 % des morts subites.
Le cholestérol dans le sang et les tissus provient, selon le rapport d’expert précité, de deux sources : l’alimentation et la synthèse endogène. La graisse du lait et la viande en sont les principales sources alimentaires. Le jaune d’œuf est particulièrement riche en cholestérol mais, contrairement aux produits laitiers et à la viande, il ne donne pas d’acides gras saturés. Si l’apport en produits laitiers gras et en viande est bien surveillé, il n’est pas obligatoire de limiter rigoureusement l’apport de jaune d’œuf, bien qu’il soit prudent de le limiter.
En résumé, le rapport souligne la nécessité de limiter l’apport de graisses (*) de sources laitière et carnée et d’éviter de cuisiner et de fabriquer des produits alimentaires avec des huiles et des graisses hydrogénées, en utilisant les huiles végétales comestibles appropriées en petites quantités, et en veillant à consommer régulièrement du poisson (une ou deux fois par semaine). Il est aussi recommandé de cuisiner sans recourir à la friture.
En ce qui concerne les glucides, ils doivent satisfaire, selon les experts, l’essentiel des besoins en énergie, soit 55 à 75% de l’apport journalier, et les sucres libres doivent rester en dessous de 10%. Les céréales complètes, les fruits et les légumes sont la meilleure source de polysaccharides non amylacés, sachant qu’une alimentation riche en fibres ou en céréales complètes abaisse le risque de cardiopathie coronarienne.
Pour ce qui est des protéines, elles doivent couvrir 10 à 15% de la ration calorique.
S’agissant du sel, il faut limiter l’apport quotidien (chlorure de sodium) à moins de 5 g par jour, compte tenu de l’apport total en sodium, toutes sources alimentaires confondues (additifs comme monosodium de glutamate et conservateurs). En revanche, il faut consommer beaucoup plus de fruits et de légumes, au moins 400 grammes par jour. D’après le Dr Ricardo Uauy (président du groupe d’experts précité), un régime riche en légumes et fruits dans lesquels on trouve des micronutriments qui stimulent le système immunitaire peut aussi renforcer les défenses naturelles contre les maladies infectieuses.
Quant à l’exercice physique, il joue un rôle essentiel au niveau de l’énergie dépensée quotidiennement. Il est indispensable à l’équilibre énergétique et au maintien d’un poids normal. « Le minimum recommandé actuellement – 30 minutes d’activité physique au moins modérée presque tous les jours de la semaine – paraît suffisant », selon le rapport d’experts. (*) Dans le cadre d’une action globale et intégrée, l’OMS suggère, par exemple, l’adoption de stratégies complètes de lutte anti-tabac, de politiques de taxation des produits alimentaires riches en graisses, en sucre et en sel, et l’élaboration de projets d’aménagement de chemins piétonniers et de pistes cyclables pour augmenter l’activité physique de la population. Sécurité sanitaire des aliments et de leur qualité
D’après l’OMS et la FAO, la sécurité sanitaire des aliments est un élément majeur de la santé publique. (*) Les maladies d’origine alimentaire posent des problèmes économiques et de santé publique importants et de plus en plus inquiétants tant dans les pays développés que dans les pays en développement. A titre d’exemple, les rapports de l’OMS montrent que chaque année une personne sur trois (soit 33% des consommateurs) dans les pays développés risque d’être victime d'une maladie d'origine alimentaire.
Selon la FAO, la responsabilité d'une nourriture saine et nutritive revient à l'ensemble des parties prenantes de la filière alimentaire, c'est-à-dire à tous ceux qui produisent, transforment, commercialisent ou consomment des aliments. Il s’agit des agriculteurs, des pêcheurs, des exploitants d'abattoir, des transformateurs, des transporteurs, des distributeurs (gros et détail), des consommateurs, et des gouvernements. Il convient de rappeler à cet égard que divers ministères tels que ceux chargés de la santé publique, de l'industrie, de la consommation, de l'environnement, de l'agriculture et des pêches, sont souvent conjointement responsables de l'élaboration de normes et réglementations techniques officielles et de leur application. (*)
D’après l’OMS, le Rapport d’experts précité "sera une importante contribution scientifique à l’élaboration de la stratégie mondiale destinée à freiner la progression des maladies cardio-vasculaires, de plusieurs formes de cancer, du diabète, de l’obésité, de l’ostéoporose et des affections dentaires".
L’OMS et la FAO espèrent que les conclusions du rapport fourniront aux Etats des éléments convaincants pour élaborer leur stratégie sanitaire nationale. Ce rapport, qui invite les gouvernements à donner des directives simples, réalistes et concrètes en matière d’alimentation, cite les exemples de la Finlande et du Japon qui ont pris des mesures énergiques pour faire évoluer les habitudes et les comportements alimentaires des populations: " les facteurs de risque ont nettement reculé et la fréquence des maladies chroniques a chuté".
En ce qui concerne la Finlande par exemple, le rapport précise qu’en Carélie du Nord, les taux de mortalité par cardiopathie coronarienne ajustés sur l’âge ont chuté de façon spectaculaire entre le début des années 70 et 1995. L’analyse des principaux facteurs de risque (tabac, tension artérielle et cholestérol élevés) indique que l’alimentation a contribué en grande partie à cette nette baisse des CVD. (*)
Les maladies chroniques, lit-on dans le rapport, sont en grande partie évitables. « Au-delà du traitement médical approprié à appliquer à ceux qui sont déjà touchés, l’approche de la prévention primaire en tant qu’outil de santé publique est considérée comme la méthode la plus rentable, la plus abordable et la plus durable pour faire face à l’épidémie de maladies chroniques […]. L’adoption d’une approche fondée sur les facteurs de risque courants pour la prévention […] est une nouveauté de grande importance dans la recherche d’une politique intégrée de la santé ». (*)